Clayens : décarboner un groupe industriel international sans freiner sa croissance

Le 16/07/2026
7 min

Le groupe lyonnais Clayens est spécialisé dans la transformation de polymères, de composites et de pièces métalliques de précision. Engagé dans une ambitieuse trajectoire de décarbonation, l’industriel vise une réduction de 50 % de ses émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030. Un défi d’autant plus complexe que le groupe poursuit sa croissance et son développement sur plusieurs continents.

Cet article s’inscrit dans une série spéciale consacrée au cinquième anniversaire de la communauté du Coq Vert. Cet ultime épisode explore les enjeux de la décarbonation de l’industrie.

Dans le secteur de la plasturgie, la décarbonation est souvent perçue comme une montagne difficile à gravir sans sacrifier sa compétitivité. Une ascension qui impose de progresser pas à pas, entre contraintes réglementaires, investissements, évolution des attentes des clients ou encore maîtrise des coûts. « Les industriels doivent se décarboner à un moment où c’est déjà compliqué d’exister » rappelle d’emblée Anaïs Voy-Gillis, docteure en géographie et spécialiste de la réindustrialisation. Pas de quoi apeurer le groupe Clayens, poids lourd mondial de la sous-traitance industrielle. Fort de près de 5 000 collaborateurs répartis sur plusieurs continents, l’industriel fournit des composants de haute précision à des secteurs particulièrement exigeants comme l’aéronautique, la santé, l’automobile et les infrastructures électriques.

Olivier Brianceau

Une stratégie de croissance internationale que Clayens entend aligner avec une réduction de son empreinte carbone. Validée par la Science Based Targets initiative (SBTi), sa feuille de route fixe un objectif de réduction de 50 % des émissions directes d’ici 2030. À mi-parcours, le groupe affiche déjà une baisse de 26 %.

« Ce résultat s’explique par une intégration progressive de la contrainte environnementale au cœur du modèle d’affaires, de la finance à la R&D », résume Olivier Brianceau, ingénieur de la Direction Qualité Groupe et responsable du reporting RSE.

 

Décarboner pour rester compétitif

Marie Delbarre

Cette évolution se traduit d’abord dans les structures mêmes du financement du groupe. L’empreinte carbone est désormais directement indexée sur le coût de sa dette. Avec d’autres indicateurs comme le taux de fréquence des accidents du travail ou le volume d’heures de formation par salarié, la performance carbone contribue à déterminer le taux d’intérêt de son financement.

En clair, plus l’entreprise réduit son impact carbone, évalué notamment via EcoVadis, moins son financement lui coûte cher auprès de ses investisseurs. À cette incitation financière s’ajoute une pression commerciale de plus en plus forte de la part des grands donneurs d’ordre, notamment dans les secteurs de l’automobile et des infrastructures électriques. « Nos clients ne nous demandent plus seulement de nous engager. Ils veulent des preuves, des données et des évolutions carbone mesurables », observe Marie Delbarre, coordinatrice RSE groupe.

Quand le carbone s’invite dans les devis

Pour Clayens, être capable de mesurer, de piloter et de démontrer sa décarbonation est ainsi devenu un critère d’éligibilité indispensable pour remporter de nouveaux marchés. Certains donneurs d’ordre demandent aujourd’hui à Clayens de fournir l’empreinte carbone exacte de chaque référence produite, par exemple celle d’un connecteur en plastique technique destiné à un moteur automobile. 

Afin de répondre à cette exigence, les équipes RSE et Qualité ont dû reprendre la main sur toute la partie méthodologique : développer les méthodes de calcul, construire les outils et accompagner les équipes commerciales afin qu’elles puissent transformer cette nouvelle exigence de transparence en un véritable argument de vente. « Aujourd’hui, notre capacité à fournir ces données est devenue un véritable facteur de différenciation auprès de clients de plus en plus exigeants sur leur propre trajectoire carbone », souligne Olivier Brianceau.

Cette démarche dépasse désormais la seule mesure des émissions. « Notre rôle consiste aussi à accompagner nos clients dans leurs propres démarches d’éco-conception. Lorsque les cahiers des charges le permettent, nous recherchons des matières alternatives plus sobres en carbone », explique Marie Delbarre. C’est dans cette optique que Clayens a notamment développé, avec Alstom, une pièce technique conçue à partir d’une matière biosourcée dérivée de déchets de betterave

La traque méthodique du gaspillage énergétique

Anaïs Voy-Gillis

Mesurer, comprendre puis agir. La recette fonctionne également en matière de performance énergétique. « Quand on cartographie les émissions, on se rend compte qu’une grosse partie d’entre elles sont liées au mix énergétique » précise Anaïs Voy-Gillis. Accompagné par un cabinet spécialisé, Clayens a progressivement déployé un maillage de compteurs et d’outils de suivi des flux énergétiques sur ses différents sites.

Les résultats réservent parfois quelques surprises. Sur l’une des usines du groupe, un audit a révélé que 25 % de l’air comprimé était produit… pour rien. Une multitude de micro-fuites invisibles à l’œil nu entraînaient un gaspillage considérable. Leur réparation a permis d’arrêter définitivement l’un des quatre compresseurs du site, réduisant immédiatement la consommation d’électricité et les coûts de maintenance.

La même logique guide la modernisation de l’outil industriel. Les anciennes presses d’injection hydrauliques, particulièrement énergivores, sont progressivement remplacées par des presses 100 % électriques. Si ces équipements représentent un investissement important, ils offrent une meilleure stabilité, une plus grande précision et permettent de réduire le taux de rebut ainsi que les temps de cycle. Résultat : une production plus performante, mais aussi moins énergivore. En parallèle, Clayens décarbone son mix énergétique en signant des contrats d’électricité verte pour son site polonais (Tychy) ou en installant des panneaux photovoltaïques sur son site marocain de Mohammedia.

Préserver la trajectoire

Mais l’heure n’est pas encore aux célébrations chez Clayens. « La deuxième moitié va être la plus dure », reconnaît Olivier Brianceau. En poursuivant sa stratégie de croissance externe, le groupe intègre régulièrement de nouveaux sites industriels, dont il faut rapidement aligner les pratiques, les outils de pilotage et les standards environnementaux pour maintenir le cap à l’horizon 2030. Un comité RSE réunit chaque mois la direction générale, la finance, la R&D, la maintenance, la qualité, les achats, les RH et les équipes HSE afin de piloter collectivement cette transformation.

« Pendant longtemps, nous avons opposé industrie et environnement. Désormais cette opposition n’a plus de sens. Les technologies industrielles sont au contraire indispensables pour réussir la transition », explique Anaïs Voy-Gillis. À ses yeux, la compétitivité ne se mesure plus uniquement au coût d’achat, mais au Total Cost of Ownership (TCO), qui intègre les coûts de transport, les risques d’approvisionnement, la qualité… mais aussi l’empreinte carbone. Dans ce contexte, disposer d’un outil industriel performant et décarboné constitue un avantage stratégique. En dépit des tensions géopolitiques ou des incertitudes économiques, elle reste convaincue que « la tendance de fond va vers la décarbonation. On va y aller lentement, mais sûrement. » L’ascension est encore longue. Chez Clayens, le sommet n’est plus seulement un objectif climatique : il est devenu un véritable projet d’entreprise.

En bref – Clayens

  • Création : 1931.
  • Localisation : Genas (69).
  • Implantations : Afrique du Nord, France, Europe de l’Est, Etats-Unis, Mexique.
  • Activité : transformation de polymères hautes performances, composites et pièces métalliques de précision.
  • Effectif global : Environ 5.000 collaborateurs.
  • Adhésion à la communauté du Coq Vert  : 2022.
  • Objectif de décarbonation : -50 % d’émissions d’ici 2030 (26 % déjà réalisés en 2026).

 

Baptiste Roux Dit Riche

Rédacteur et animateur spécialisé, Baptiste Roux Dit Riche conçoit des contenus sur la ville et ses transitions pour différents médias et organisations. Depuis 2023, il anime le podcast Baptiste pose des questions, un espace d’échange où il explore, avec ses invités, des solutions concrètes pour des villes plus résilientes, inclusives et heureuses.

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