Sublime Énergie : du bioGNL à partir de biodéchets agricoles méthanisés
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C’est l’histoire d’une start-up deeptech née d’un master d’ingénieur et d’une rencontre avec un agriculteur.
Sept ans plus tard, SUBLIME Energie inaugure son premier démonstrateur terrain et prépare une filière bioGNL que la France n’a pas encore : physique, locale, traçable.
Cet article fait partie d’une série spéciale consacrée au cinquième anniversaire de la communauté du Coq Vert. Pour ce second thème, nous abordons la production d’énergie verte.
Retrouvez les autres volets de cette série anniversaire : l’éco-conception avec TSL Outdoor, le recyclage avec Recyc Matelas Europe, la biodiversité avec Arcadie et la décarbonation avec Clayens NP* (*URL à venir – article en relecture)
Début avril 2026, dans les Côtes d’Armor, un agriculteur pionnier de la méthanisation ouvre son exploitation à plus de 200 visiteurs parmi lesquels on peut apercevoir d’anciens ministres, des élus locaux et nationaux, des membres de la filière, des agriculteurs, des journalistes et les équipes de SUBLIME Energie. Tous observent les équipements de SUBLIME Energie installés sur son terrain. Il y a sept ans, c’est précisément ici que Bruno Adhémar eut l’idée qui allait devenir SUBLIME Energie. En marge d’un master à l’École des Mines, le futur fondateur rencontrait des exploitants agricoles pour comprendre leur rapport à l’énergie. L’un d’eux lui a parlé de méthanisation, d’un réseau de gaz trop éloigné, d’une technologie trop coûteuse pour sa ferme. Son ancien modèle de cogénération s’éteignait après quinze ans de contrat avec l’État. Une nouvelle filière s’allume, sans avoir besoin du réseau.
Pour la startup, il s’agit d’une étape décisive. Depuis 2019, SUBLIME Energie a prouvé son concept en laboratoire, résolu un problème technique qui bloquait la filière, et levé près de 15 millions d’euros de financements. Mais un laboratoire, ce n’est pas une ferme.
« En laboratoire, on travaille avec du méthane pur et du CO2 pur. Sur le terrain, on a un flux brut, variable, biologique », explique Marius Chapays, responsable de la mesure des impacts environnementaux et sociaux.
L’exclusion silencieuse des petits méthaniseurs
La méthanisation agricole transforme des biodéchets de ferme en énergie : grâce à elle, on récupère le biogaz, un mélange de biométhane et de CO2 biogénique produit par la dégradation de la matière organique et initialement relâchés dans l’atmosphère cause d’émissions importantes de GES dans l’agriculture. Ce biogaz, une fois épuré, peut être injecté dans le réseau national de gaz pour alimenter des foyers ou des industries. Le problème : le réseau de gaz ne passe pas partout. Des milliers d’exploitations sont trop éloignées des lieux de consommation pour qu’un raccordement soit rentable. Résultat : seuls les grands méthaniseurs proches des canalisations ont pu se développer. Les autres agriculteurs, eux, restaient dehors.
C’est exactement ce que SUBLIME Energie entend résoudre. Leur technologie repose sur l’ajout d’un agent ternaire, une molécule, au mélange de biogaz brut. Cet agent permet la liquéfaction du gaz par dissolution et règle un problème d’équilibre de phase entre les molécules qui rendait l’opération impossible.
Le biogaz, ainsi liquéfié, se densifie d’un facteur 200. Il devient transportable en camion-citerne jusqu’à un hub mutualisé où il est centralisé et valorisé.
« L’idée, c’est qu’une dizaine d’agriculteurs autour d’un même projet puissent contribuer à un hub et une production commune. Pas besoin d’être raccordable au réseau. Pas besoin de produire de grandes quantités de biogaz. »
Deux produits sortent du hub : du bioGNL, biométhane liquéfié pour se substituer aux carburants fossiles dans la mobilité lourde ; et du bioCO2, qui peut remplacer le CO2 fossile dans l’agriculture, la chimie ou l’agroalimentaire, aujourd’hui relâché dans l’atmosphère, faute de filière adaptée.
Première société à mission en France, et les contraintes qui vont avec
SUBLIME Energie n’est pas seulement une deeptech. C‘est la première société à mission créée en France, en juillet 2019, au moment où la loi PACTE consacrait ce statut. Sa raison d’être : contribuer à la nécessaire révolution écologique, sociale et énergétique des territoires par le développement de la production et de la valorisation de gaz renouvelables bas carbone en remplacement de leurs équivalents fossiles.
Cet engagement a une conséquence directe sur les choix commerciaux. Le biométhane de SUBLIME Energie pourrait trouver des débouchés dans des secteurs lucratifs, comme l’aéronautique ou le spatial, mais qui n’ont aucun lien avec les territoires. « Ce n’est pas aligné avec notre mission. Nous sommes fidèles à nos engagements statutaires qui guident notre stratégie », assume Marius Chapays.
La startup a levé 1 million d’euros en phase initiale, puis 12 millions auprès de Crédit Mutuel Impact, Mines-Paris PSL et Tiresias Angels fin 2023. En complément, l’EIC Accelerator européen a sélectionné SUBLIME Energie parmi quarante lauréats sur tout le continent, apportant 2,5 millions d’euros supplémentaires et un signal fort sur la crédibilité de la technologie. Une nouvelle levée de fonds est prévue cette année pour financer le premier projet commercial, attendu pour fin 2028. Une dizaine d’agriculteurs partenaires sont déjà identifiés dans les Côtes d’Armor, des discussions avancent aussi dans d’autres territoires pour la suite.
Un marché qui s’ouvre, avec des nuances à prendre au sérieux
Le transport routier lourd reste le débouché principal visé par SUBLIME Energie pour son bioGNL, par la suite sa production pourra également alimenter les engins agricoles, les débouchés fluviaux et côtiers. L’IRICC (Incitation à la Réduction de l’Intensité Carbone dans les Carburants), un mécanisme législatif qui obligera bientôt les distributeurs de carburant à intégrer une part d’énergie renouvelable notamment de biométhane, créera une demande structurelle. « L’État ne subventionne plus. Mais il oblige. C’est différent, et ça crée un mécanisme de marché supporté par la filière. »
Rebecca Martin, coordinatrice carburants alternatifs à l’ADEME, valide la pertinence du transport lourd comme débouché, mais avec une nuance à ne pas écarter. La liquéfaction coûte cher. Pour ce coût, les applications maritimes et fluviales constituent peut-être la priorité la plus urgente, car l’électrification n’y est pas envisageable. Le transport routier, lui, peut progressivement passer à l’électrique.
« Beaucoup de missions peuvent déjà être réalisées avec un camion électrique. La question, c’est de repenser la stratégie de flotte des transporteurs. »
SUBLIME Energie n’ignore pas les enjeux d’électrification des transports en France. L’entreprise s’inscrit dans la stratégie de l’État en répondant aux mécanismes mis en place pour assurer la décarbonation des carburants et accompagner la transition vers de nouveaux usages dans la mobilité routière. Sa technologie permet la valorisation de l’énergie vers plusieurs débouchés, en fonction des besoins et des demandes, et en cohérence avec sa mission. SUBLIME Energie permet, en mutualisant les équipements de transformation des productions de biogaz, d’optimiser les coûts de production et de rendre l’énergie valorisée plus accessible.
Le “bioGNL papier”, un risque réputationnel pour toute la filière
IIl existe aujourd’hui une façon de produire virtuellement du « bioGNL » sans lien physique avec les productions des fermes et sans investissement en se basant sur des molécules fossiles particulièrement émissives (comme le gaz de schiste). Elle s’appuie sur le contournement du mécanisme de garanties d’origine : on achète virtuellement du biogaz injecté dans le réseau européen (au Danemark, par exemple) et on applique, sans aucun lien physique, cette « garantie verte » à une molécule de GNL fossile principalement importée des États-Unis. Le résultat se nomme bioGNL par équivalence. Il permet de mobiliser des volumes très élevés et à moindre coût, car fondés sur des molécules fossiles, tout en omettant l’impact carbone réel du gaz fossile consommé qui est théoriquement remplacé par du bio. Un mécanisme qui contribue donc à renforcer la dépendance énergétique aux énergies fossiles importées hors Europe et à augmenter nos émissions de GES.
Marius Chapays, s’inquiète pour la réputation de toute la filière. Pour Rebecca Martin de l’ADEME, c’est une dérive à nommer clairement : « Ce mécanisme fait croire qu’à coût réduit, on peut faire de la décarbonation. Et on met sur le même plan des transporteurs qui font de véritables efforts avec quelqu’un qui signe juste un chèque. » Son diagnostic est net : seul le traçage physique de la molécule, du producteur au réservoir, garantit une décarbonation réelle. C’est précisément ce que SUBLIME Energie propose.
Sublime Énergie – en bref
- Siège social : Paris.
- Fondation : le 29 juillet 2019 par Bruno Adhémar,
- Technologie : liquéfaction du biogaz agricole par agent ternaire, production de bioGNL et bioCO2.
- 23 salariés · Phase R&D · Financement : 12M€ Crédit Mutuel Impact + 2,5M€ EIC Accelerator (Commission Européenne) + 640 000€ de l’ADEME.
- Étape clé : démonstrateur terrain inauguré le 10 avril 2026, Côtes d’Armor.
- Horizon : premier projet commercial fin 2028, une dizaine d’agriculteurs partenaires déjà identifiés.
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