Arcadie : quand le spécialiste des épices bio fait de la biodiversité un enjeu stratégique
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Fondée en 1990, Arcadie, connue pour ses marques Cook et L’Herbier, fait du respect de la biodiversité un enjeu stratégique. Face au dérèglement climatique et aux tensions croissantes qui pèsent sur les approvisionnements agricoles, l’entreprise gardoise développe une approche visant à renforcer la résilience de ses filières, en préservant – voire améliorant – la biodiversité des écosystèmes agricoles dont dépend son activité.
Cet article fait partie d’une série spéciale consacrée au cinquième anniversaire de la communauté du Coq Vert. Ce quatrième volet est consacré à la biodiversité.
Retrouvez les autres volets de cette série anniversaire : l’éco-conception avec TSL Outdoor, les énergies vertes avec Sublime Énergie, le recyclage avec Recyc Matelas Europe et la décarbonation avec Clayens NP*. (*URL à venir, article en relecture)
Placer la nature au centre du jeu. Au début des années 1980, Dominique et Bernard Kimmel abandonnent leurs études à Strasbourg pour cultiver des plantes médicinales dans les Corbières. Quelques années plus tard, ils fondent Arcadie, entreprise spécialiste des épices biologiques, à l’origine des marques Cook et L’Herbier. À une époque où la filière bio n’existe quasiment pas, ils font alors figure de pionniers. Quarante ans après ce « retour à la terre », c’est désormais Laurence Tissier qui dirige l’entreprise. Toujours avec l’envie de placer la nature au centre du jeu, mais avec de nouveaux défis à relever.
« Nous ressentons déjà les difficultés d’approvisionnement liées aux impacts de l’Homme sur l’environnement. Sécheresses, inondations ou tempêtes, les épisodes climatiques extrêmes se multiplient et fragilisent nos filières. Si nous ne parvenons pas à préserver les écosystèmes, les rendements finiront par s’effondrer », résume la directrice générale.
Pour l’organisation, l’enjeu est désormais clair : préserver les conditions de production dont dépend son activité. Car sans action pour protéger les sols et la biodiversité, c’est la résilience de ses filières agricoles qui se trouverait menacée.
Agir sur le vivant et mesurer les impacts
Pour agir efficacement, encore faut-il pouvoir mesurer son impact. Si l’empreinte carbone dispose désormais d’indicateurs largement partagés, la biodiversité demeure beaucoup plus difficile à quantifier. C’est pourquoi Arcadie – membre de la communauté du Coq Vert – participe à l’expérimentation du BiodiScore, un outil qui évalue de façon globale la présence de conditions favorables à la biodiversité dans une ferme.
« Aujourd’hui à Arcadie nous avons besoin de mesurer les efforts mis en œuvre par les producteurs et productrices pour encourager, favoriser ces pratiques pro biodiversité sur les fermes. Nous sommes par ailleurs convaincu·es qu’elles produisent des résultats agricoles concrets mais, longtemps, nous n’avons pas pu corréler ces deux facteurs. », explique Laurence Tissier.
L’objectif dépasse la communication environnementale : démontrer que les pratiques favorables à la biodiversité renforcent aussi la résilience et la pérennité économique des exploitations — objectif pouvant être également atteint à la réalisation d’un Diag Biodiversité, un dispositif d’accompagnement de Bpifrance.
Donner aux producteurs les moyens d’agir
Mais mesurer ne suffit pas. Pour passer de l’intention à l’action, les producteurs doivent aussi disposer des moyens nécessaires. Arcadie mise donc sur des relations de long terme avec ses producteurs.
L’entreprise s’appuie notamment sur le label de commerce équitable Biopartenaire et affiche l’ambition d’atteindre, à terme, 100 % d’approvisionnements équitables. Un choix stratégique qui repose sur une conviction simple : il est impossible de demander à un agriculteur de préserver les sols, planter des haies ou investir dans des pratiques plus durables s’il peine déjà à vivre de son activité. Toute la difficulté consiste donc à trouver le juste prix. « Notre enjeu est de rémunérer correctement les productrices et producteurs sans pour autant nous comporter en « colons » », rappelle Laurence Tissier.
Payer le curcuma malgache au prix d’un producteur français pourrait sembler vertueux. En réalité, cela risquerait surtout de déséquilibrer toute une filière locale. »
Cette recherche d’équilibre se répercute aussi sur le prix payé par le consommateur final. Au vu du succès d’Arcadie, de nombreux consommateurs semblent prêts à l’assumer, conscients d’acheter des produits dont la valeur ne se mesure pas uniquement à leur prix en rayon.
La chaîne de valeur, au cœur des enjeux de biodiversité
Au niveau national, l’approche d’Arcadie n’est heureusement pas un cas isolé. Lucy Passy, responsable du programme « Entreprises Engagées pour la Nature » à l’Office français de la biodiversité (OFB), rappelle que les entreprises agroalimentaires sont particulièrement dépendantes des services rendus par les écosystèmes.

« L’engagement de la direction constitue un facteur déterminant.»
« Sans conviction ni mobilisation du dirigeant, il est difficile d’inscrire une dynamique durable au sein de l’entreprise. Souvent perçue comme un sujet secondaire, la biodiversité est pourtant au croisement de l’ensemble des enjeux environnementaux, avec des interactions fortes avec le climat, l’eau, les sols et les chaînes d’approvisionnement, qui conditionnent directement la résilience des modèles économiques.»
Agir dans les champs, dans l’usine et même sur les océans
Cette vision systémique irrigue désormais l’ensemble des activités d’Arcadie. Sur son site, la société investit dans la renaturation des parties non bâties : suppression des pièges involontaires et création de zones refuge pour la faune (mare, zones d’hivernage), plantations d’arbres, d’arbustes, de plantes vivaces et de cultures pour semences locales, installation de nichoirs, création de zones refuges pour la biodiversité.
La construction d’un nouveau bâtiment (chantier débuté en 2024 – livraison prévue en 2026) a donné lieu à une réflexion approfondie. L’objectif ? Concilier les impératifs industriels, le projet d’entreprise et les limites planétaires dans une recherche de cohérence. Cette démarche s‘accompagne là aussi d’un plan de renaturation complet de la zone.
Sur le plan logistique, Arcadie a vu encore plus grand : elle a co-fondé Windcoop, première compagnie maritime citoyenne de transport de marchandises à la voile. Avec l’ambition, à partir de 2027, d’acheminer ses épices et les marchandises de nombreuses autres entreprises depuis Madagascar à bord d’un voilier cargo. De quoi réduire de 40 à 50 % les émissions de carbone liées à son fret. Une initiative logistique indirectement favorable à la protection du vivant. « Pendant longtemps, on a considéré la biodiversité comme un sujet environnemental parmi d’autres. Aujourd’hui, nous savons que c’est avant tout un sujet de pérennité », conclut Laurence Tissier.
Quarante ans après leur retour à la terre, la conviction de Dominique et Bernard Kimmel ressemble de plus en plus à une évidence.
En bref – Arcadie
- Création : 1990
- Localisation : Méjannes-lès-Alès (Gard)
- Activité : Fabrication et commercialisation d’épices (Cook) et de plantes aromatiques et médicinales (L’Herbier)
- Effectif : 104
- Statut : SCIC (depuis le 1er janvier 2026)
- Adhésion à la communauté du Coq Vert : avril 2024
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