Terravenir : à Lyon, trois groupes BTP inventent une nouvelle vie pour la terre de chantier
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Trois acteurs du BTP de la région lyonnaise, membres de la communauté du Coq Vert, ont uni leurs plateformes et leur savoir-faire sous la marque Terravenir. L’objectif : transformer les terres excavées de chantier en terre végétale certifiée pour les projets d’aménagement de toute la métropole lyonnaise. Ils font la démonstration que la coopération entre concurrents peut devenir un modèle de filière.
« Seul on va plus vite, ensemble on va plus loin ». Cet hiver, CCC (SERFIM), Eco Puze (Tebior) et Mat-Eco Recyclage (Groupe Carrion) ont décidé de s’inspirer du célèbre proverbe… Le projet de ces trois groupes BTP ? Mettre en commun leurs plateformes, leurs équipes et leurs vingt ans d’expérience du recyclage de matériaux pour donner une deuxième vie à une terre sous le nom de Terravenir.
Un projet qui part d’un constat commun. Pendant des décennies, une fraction des déblais de chantier finissait au centre de stockage de déchets inertes. Si les gravats et les bétons peuvent être réutilisés (comme sous-couches de voirie par exemple), les sols limoneux et argileux, trop fins, trop riches en particules, partaient à… L’enfouissement, un comble. Disponibles en grandes quantités, inutilisables en l’état, ils représentaient un coût de transport et un stock dormant.
L’incongruité de considérer les sols comme un déchet
Directeur général de SERFIM Route et de CCC – sa filiale spécialisée dans le recyclage de chantier – Philippe Molin connaît ce problème depuis vingt ans. « Il y avait une partie des déblais qu’on ne pouvait pas exploiter, mais elle aurait pu potentiellement servir à fabriquer de la terre. Avant 2010, j’avais essayé de travailler dessus mais sans succès à l’époque. » La piste existait. La filière, non. Pourquoi ? Principalement parce que la terre végétale naturelle était pendant longtemps disponible en quantité. Jusqu’à ce que la loi Zéro Artificialisation Nette vienne changer la donne : moins de sols retournés, moins de terre disponible. Et une demande croissante, portée par les aménageurs urbains : davantage d’arbres, de toits végétalisés et de jardins partagés. La région lyonnaise représente à elle seule un besoin estimé entre 100 et 150 000 tonnes de terre végétale par an.
La recette de la terre vivante
Le procédé de Terravenir est simple à expliquer, mais complexe à maîtriser. Les déblais arrivant sur les plateformes sont criblés pour en extraire la fraction fine : argiles, limons, particules légères. Cette matière, jusqu’ici sans débouché, est mélangée à du compost, de l’humus et des amendements organiques, selon des formules développées avec Terre Utile, spécialiste national de la terre végétale recyclée. La méthodologie, issue du laboratoire Sols et environnement de l’Université de Lorraine, a déjà été déployée sur des chantiers comme le Grand Paris Express et les Jeux de Paris 2024.
Résultat : une terre végétale certifiée norme NF du paysage, garantie un an pour la reprise des plantations. Ce qui distingue Terravenir de ses concurrents, c’est la rapidité. « En huit semaines seulement. Si on reçoit un retour de laboratoire aujourd’hui, on peut vendre dans quinze jours, explique Lionel Rigaud, cofondateur de Mat-Eco Recyclage. Nos concurrents ont des délais d’un an ! » Le pari qui fait gagner tant de temps : une terre vivante qui continue de maturer là où elle sera plantée. Moins de stock, moins de place au sol, plus de réactivité face aux commandes.
Trois concurrents, une même logique
Les trois groupes ne se sont pas rencontrés au hasard. Tebior et SERFIM sont associés déjà associés dans SERFIM Route (ARGM) depuis vingt-trois ans. Le groupe Carrion est partenaire d’une usine du groupe Tebior. Des liens capitalistiques anciens, une confiance construite sur le terrain, et une façon complémentaire de servir le territoire. Les trois membres actifs de la communauté du Coq Vert, également membres de la CEC – Convention des Entreprise pour le Climat – ont trouvé dans ces réseaux d’acteurs engagés des partenaires avec qui on partage non seulement le foncier, mais aussi les valeurs. Terravenir a été annoncé au salon Paysalia en décembre 2025, avec déjà quatre plateformes opérationnelles autour de Lyon, à Mornant, Vénissieux, Bron et Pusignan, et deux de plus en cours de déploiement. Objectif : mailler le territoire pour que chaque chantier BTP puisse trouver de la terre végétale recyclée à moins de quinze kilomètres.
Une filière locale en devenir
Pour Nicolas Petreaux, directeur général de Tebior, le cœur du projet est là. « Ce qui a du sens, c’est de faire quelque chose ensemble. En mutualisant nos savoir-faire et nos fonciers, nous jouons l’intelligence de la coopération. » Une logique que partage Stéphanie Vajda, référente Climat et biodiversité pour la région Auvergne-Rhône-Alpes chez Bpifrance : « Voir des acteurs historiques collaborer sur un projet aussi utile et concret que Terravenir, c’est exactement ce que représente la communauté du Coq Vert. » Sur les plateformes de Mornant et de Vénissieux, la terre végétale recyclée se mélange, s’amende. En huit semaines, elle sera prête à partir peut-être sous les arbres d’une rue lyonnaise, dans le carré potager d’une école ou sur le toit végétalisé d’un immeuble neuf. Une deuxième vie après le chantier, grâce à trois groupes qui ont le sens du territoire et de la coopération. Comme quoi parfois, ensemble, on va plus vite ET plus loin.
CCC – en bref (groupe SERFIM Route)
● Siège : Mornant (Rhône). Fondée il y a 27 ans.
● Activité : recyclage de matériaux de chantier, revalorisation des déblais inertes.
● CA groupe SERFIM : 620 M€.
Eco Puze – en bref (groupe Tebior)
● Siège : Pusignan (Rhône). Groupe Tebior fondé il y a 30 ans.
● Activité : traitement de déchets BTP, criblage, concassage. Le groupe couvre aussi maîtrise d’œuvre, travaux, industrie et construction générale.
● CA groupe Tebior : environ 50 M€.
Mat-Eco Recyclage – en bref (groupe Carrion)
● Siège : Vaulx en Velin (Rhône). Fondée en 2019 par Lionel Rigaud et Laurent Carrion.
● Activité : recyclage de matériaux inertes, production de terre végétale recyclée.
● Distinction : Lauréat du Prix de la transition énergétique, catégorie démarche écologique (porté par la Banque Populaire Rhône-Alpes)
● CA groupe Carrion : environ 50 M€.
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