Une seule santé pour l’humain et la planète : pourquoi les entreprises sont aussi concernées
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Qualité de l’air, accès à l’eau, fortes chaleurs, substances chimiques… La dégradation de l’environnement a des conséquences directes sur notre santé. Pour les entreprises, mieux comprendre ces liens permet aussi d’anticiper des risques sanitaires, réglementaires et économiques. C’est tout l’enjeu de l’approche « One Health », qui considère comme étroitement liées les santés humaine, animale et environnementale.
Cet article est le sixième d’une série de 7 articles répondant à la question suivante :
Dans un contexte qui mêle situation macro-économique incertaine et discours teintés de backlash écologique, comment les entreprises peuvent-elles se servir de la transition écologique comme leviers de compétitivité, de souveraineté, de résilience et de robustesse pour trouver de nouvelles opportunités ?
Et si la santé était l’une des façons les plus concrètes de mesurer notre dépendance à la nature ? Derrière cette question se trouve une réalité simple : notre santé ne peut être pensée indépendamment de celle des écosystèmes qui nous entourent.
Selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), l’amélioration de la qualité de l’air en Europe aurait ainsi permis d’éviter 60 000 décès prématurés par an entre 2009 et 2018, grâce aux politiques de réduction des émissions de particules fines.
Pour les entreprises aussi, cette interdépendance a des conséquences très concrètes. L’ignorer peut les exposer à des risques sociaux, juridiques ou commerciaux. À l’inverse, mieux la comprendre et l’intégrer dans leur stratégie peut contribuer à renforcer leur robustesse.
L’approche One Health : une seule santé pour l’humain et la planète
C’est précisément cette interdépendance que cherche à appréhender l’approche « One Health », ou « une seule santé ». Apparue au début des années 2000, elle repose sur un principe : les santés humaine, animale, végétale et celle des écosystèmes sont étroitement liées. L’objectif ? Décloisonner les approches et faire travailler ensemble scientifiques, professionnels et décideurs pour mieux comprendre ces interactions, prévenir les risques et agir plus efficacement.
À l’occasion de la Journée mondiale de la santé, en avril 2022, Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l’OMS, résumait cette interdépendance en une formule : « La crise climatique est une crise sanitaire : les mêmes choix non durables qui tuent notre planète tuent les gens. »
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Les écosystèmes contribuent de multiples façons à la santé et au bien-être humains. Comme nous l’avons vu dans l’article précédent, ces « services écosystémiques » désignent les nombreux bénéfices que les humains retirent du fonctionnement des écosystèmes.
Ils sont traditionnellement répartis en quatre catégories : les services d’approvisionnement, de soutien, de régulation et les services culturels. Parmi les services d’approvisionnement, par exemple, les ressources naturelles utilisées pour produire des médicaments jouent un rôle fondamental pour la santé humaine.
Au-delà de ces ressources, la nature contribue également à réguler de nombreux facteurs ayant une influence directe sur notre santé :
- la qualité de l’air : pollution et particules fines ;
- le climat : fortes chaleurs ;
- l’eau : accès à une eau potable ;
- les maladies et les parasites ;
- les événements extrêmes : tornades, inondations, canicules, sécheresses…
Toutefois, la santé humaine et environnementale ne dépend pas uniquement de l’état des services écosystémiques : nos activités entraînent aussi des conséquences auxquelles on ne pense pas forcément.
Le bruit, par exemple, perturbe la biodiversité en ville en modifiant notamment le comportement des oiseaux, mais il accentue également le stress chez l’humain. L’INRS (Institut national de recherche et de sécurité pour la prévention des accidents du travail et des maladies professionnelles) distingue deux types d’effets du bruit sur la santé : les effets auditifs, qui peuvent mener à des pertes irréversibles d’audition, et les effets extra-auditifs, qui peuvent notamment provoquer fatigue, stress, troubles du sommeil ou troubles cardiovasculaires.
La réduction du bruit peut même devenir un argument de vente. Pour l’entreprise bretonne Fleximodal, qui propose des solutions de livraison aux professionnels, l’utilisation de remorques et de vélos cargos se démarque des utilitaires motorisés classiques : ils émettent jusqu’à 95 % de CO₂ en moins et réduisent les nuisances sonores liées aux livraisons.
Les allergies constituent une autre illustration de l’impact de nos activités sur la santé. La pollution de l’air, les émissions industrielles et agricoles ou encore la modification des écosystèmes favorisent l’augmentation des allergènes (pollens, acariens, moisissures, etc.). Selon l’OMS, en 2050, 50 % de la population mondiale souffrira d’allergies respiratoires, comme l’asthme ou la rhinite allergique. Ces troubles, souvent sous-estimés, rappellent que la dégradation de l’environnement peut avoir des répercussions directes et parfois insidieuses sur notre bien-être.
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Le cercle vicieux de l’impact de l’activité humaine sur la santé
L’activité humaine impacte l’environnement. En polluant et affaiblissant les services écosystémiques, la nature nous rend moins et l’activité doit donc s’intensifier. Avec les fortes chaleurs par exemple, les cultures agricoles doivent être plus arrosées, ce qui assoiffe les ressources hydriques et assèche les nappes phréatiques et certains sols, les régulations naturelles de l’eau et du climat sont mises en danger et les effets des fortes chaleurs s’intensifient les années suivantes.
Les pressions affectant l’environnement ont des effets directs sur notre santé : pollution de l’air, intensification des allergies dues au pollen, ou encore les fortes chaleurs.
- L’article 4 de la série sur le backlash écologique concernait l’adaptation au changement climatique. Découvrez comment s’adapter à une nouvelle donne climatique.
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Cependant l’adaptation au climat ne suffit pas toujours. Il faut agir sur les causes plus profondes qui impactent directement la santé humaine et l’environnement. La résilience d’une entreprise n’est pas viable si les consommateurs (ou les collaborateurs et collaboratrices de l’entreprise) sont soumis aux effets néfastes des produits toxiques, de la pollution, ou des fortes chaleurs, pouvant aller jusqu’à affecter leur santé. Limiter ses impacts sur l’environnement, ce n’est pas uniquement contribuer à une santé générale, c’est aussi maintenir la robustesse de son entreprise.
La demande du consommateur : la santé comme levier d’évolution du marché
Depuis quelques années la découverte d’un nouveau groupe de substances, et de leur impact sur la santé et l’environnement, semble être au centre des polémiques sociales : les PFAS (les composés per- et polyfluoroalkylées). Ces substances chimiques sont des polluants éternels, c’est-à-dire que lorsqu’une contamination à lieu, on les retrouve ensuite dans l’eau, les sols, et même dans le corps humain. Elles sont utilisées depuis les années 1950 pour leurs propriétés antitaches et anti adhésives, ainsi que pour leur résistance à l’eau, aux graisses et à la chaleur. On les retrouve dans de nombreux produits du quotidien comme les ustensiles de cuisine, les cosmétiques, ou les textiles imperméables.
Plusieurs études ont montré leurs impacts avérés sur la santé, entre affaiblissement du système immunitaire, perturbations hormonales, et potentiels effets cancérigènes notamment. Dans une tribune publiée dans Le Monde en 2026, un collectif s’est formellement positionné contre les PFAS, pour combattre « la contamination généralisée ».
Lorsqu’un produit est révélé comme contenant des PFAS, la marque s’expose, au mieux, à une perte de confiance de la part de ses consommateurs, ou au pire, à des procédures judiciaires. En 2026, 192 habitants d’Oullins-Pierre-Bénite ont assigné Arkema et Daikin en justice devant le tribunal de Lyon. Ils réclament 190 000 euros par personne, soit plus de 36 millions d’euros au total, pour réparation de préjudice lié à la santé, préjudice d’anxiété, perte de jouissance des biens, ou encore dévalorisation immobilière.
Pour le cas des PFAS, ces procédures se sont étendues à des plaintes contre l’État. « Si les industriels ont été les premiers acteurs visés par les actions en justice liées aux PFAS, les pouvoirs publics ont le devoir et le pouvoir de réguler ces activités économiques et leurs impacts afin de protéger la population », a déclaré Jérémie Suissa, délégué général de Notre Affaire à Tous, dans un article consacré à la vague de contentieux liés aux PFAS.
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La santé comme premier déclencheur d’achat
La présence de substances toxiques pour la santé, comme les PFAS, peut être directement reliée à la réussite financière d’une entreprise. Dans le dernier baromètre GreenFlex de l’ADEME sur la consommation responsable en 2025, la santé est le premier critère de choix. Plus de 66 % des personnes interrogées ont cité la santé dans le top 3 de leurs préoccupations, au-dessus du coût de la vie (53 %) ou de l’environnement (25 %).
Certaines entreprises ont compris ces enjeux et ont adapté les produits qu’elles proposent :
- Cristel, éclaireur de la communauté du Coq Vert, propose des articles de cuisson et des ustensiles de cuisine en inox, sans polluants éternels. En plus de s’engager pour une alimentation saine et non toxique, l’entreprise s’engage pour l’environnement en produisant en France et en respectant le label « Entreprise du Patrimoine Vivant ».
- Côté agro-alimentation, La Pousseraie s’engage à produire des fleurs comestibles dans des fermes en aquaponie verticale sans pesticide, pour produire des végétaux sans résidus toxiques.
Les consommateurs ne regardent pas uniquement ce qu’ils mettent dans leur assiette ! C’est pourquoi DMD France (spécialiste des EPI et vêtements de travail) se positionne dans le top 5 des fabricants français de vêtements professionnels, en proposant des vêtements non traités.
Au-delà de la simple préférence du consommateur, l’adoption de ces pratiques répond désormais à une nécessité stratégique face à un cadre législatif de plus en plus strict.
Anticiper les risques sanitaires et réglementaires
Les risques associés à certains produits ne relèvent pas uniquement des choix des utilisateurs. Si cela prend parfois un peu plus de temps, les produits ayant des effets néfastes sur l’environnement et la santé sont de plus en plus règlementés, à l’échelle nationale ou européenne.
Les produits industriels toxiques : l’exemple de l’amiante dans le BTP
En 1906, un inspecteur du travail rédige un rapport pour alerter sur les dangers des poussières de l’amiante auxquelles les travailleurs sont exposés. Alors qu’il s’appuie sur des exemples concrets – l’usine de filature et de tissage d’amiante à Condé-sur-Noireau dans le Calvados – la reconnaissance juridique de l’asbestose, la maladie qui peut se développer après un contact prolongé avec l’amiante, n’est obtenue en France qu’en 1945 ; et les premières règles spécifiques de protection des travailleurs fixées en 1977, soit plus de 70 ans plus tard (source : INRS) !
Aujourd’hui, son utilisation est punie par la loi, à hauteur de 3 750 € par salarié exposé et 9 000 € d’amende administrative (source). Cette peine se cumule souvent d’une condamnation pour mise en danger, qui peut engendrer jusqu’à un an de prison ferme. En 2012, les dirigeants d’Eternit ont été condamnés à 16 ans de prison par la justice italienne pour faute intentionnelle, pour leur utilisation de l’amiante malgré son interdiction (source).
La régulation des sites industriels dangereux
En France, les Installations Classées pour la Protection de l’Environnement (ICPE) encadrent strictement les activités industrielles ou agricoles susceptibles de générer des pollutions ou des risques pour la santé et l’environnement. Ces installations, soumises à autorisation, enregistrement ou déclaration, doivent respecter des normes strictes en matière d’émissions atmosphériques, de gestion des déchets ou de rejet de substances dangereuses (en savoir plus sur les ICPE).
Le non-respect des seuils imposés par cette classification peut entraîner de lourdes conséquences pour les entreprises. En 2020, SOBEGI, une entreprise spécialisée dans le traitement des gaz résiduaires dans le bassin de Lacq, a été condamnée à une amende de 20 000 € par le Tribunal judiciaire de Pau pour non-respect des seuils d’émission de poussières prescrits dans son arrêté préfectoral, avec des dépassements allant jusqu’à 60 fois la limite autorisée. Illustrant la sévérité des sanctions en cas de manquement aux obligations ICPE, cette condamnation soulève aussi l’évolution juridique vers une présomption de préjudice écologique, où le simple dépassement des seuils fixés pour protéger l’environnement et la santé humaine suffit à caractériser un préjudice, sans besoin de prouver un lien de causalité direct (source).
La négligence environnementale – et donc sanitaire – n’est plus seulement un risque pour les consommateurs ou un coût pour l’entreprise. Avec la règlementation qui se resserre sur les questions de toxicité, elle devient un risque pénal.
L’anticipation comme bouclier
La santé environnementale est devenue un enjeu central dans les politiques publiques. Pour rester compétitive et ne pas se perdre dans des frais juridiques inutiles, le meilleur atout des entreprises devient l’anticipation. Une entreprise ne peut plus attendre un jugement pour déterminer si son produit ou ses modes opératoires sont dangereux pour la santé humaine.
- Le Diag Eco-conception de Bpifrance peut vous aider à déterminer comment produire le plus sainement possible. Avec une évaluation environnementale du cycle de vie d’un produit, il est possible de comprendre les impacts environnementaux associés aux différentes étapes de son cycle de vie.
Aujourd’hui, anticiper et proposer des produits sains, avec le moins d’impact sur l’environnement et sur la santé humaine, ce n’est pas seulement assurer sa conformité et son image dans la société, c’est surtout assurer la continuité de son activité et la robustesse de son entreprise.
Anticiper les enjeux de santé environnementale ne relève donc plus seulement de la conformité ou de l’image. Pour les entreprises, il s’agit aussi de préserver leurs collaborateurs, leurs clients et les territoires dans lesquels elles évoluent, tout en limitant les risques qui pourraient fragiliser leur activité. Une autre façon, finalement, de construire une entreprise plus robuste.
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