Ils ont pris un engagement de transition RSE à Jour E. Deux ans après, où en sont ces entreprises ?
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Lors de l’édition de Jour E 2024 à Nantes, ces dirigeants avaient pris un engagement de transition RSE face caméra, avec l’envie d’aller plus loin dans leurs objectifs. Le rendez-vous était fixé. Deux ans plus tard, au lendemain de Jour E 2026 (Marseille), nous sommes retournés les voir. Résultats : mitigés sur les chiffres, éclairants sur le reste.
Promettre une chose face caméra, c’est une forme de contrat moral. C’est le jeu auquel se sont prêtés cinq membres de la communauté du Coq Vert à l’occasion de Jour E à Nantes il y a deux ans, en acceptant de formuler un engagement précis, avec date de livraison. Le principe est simple, l’exercice est inconfortable : tenir parole quand la réalité s’en mêle. Trois d’entre eux ont bien voulu faire le bilan avec nous. Si aucun n’a atteint son objectif à la lettre, les trois ont fait davantage dans l’esprit. Et les obstacles qu’ils décrivent en disent plus sur l’état de la transition que n’importe quel baromètre.
JVD : 280 sèche-mains sur 300 promis — et la vraie question
Thierry Launois, PDG de JVD (fabricant de matériel d’hygiène, 40 M€ de CA), s’était engagé à donner une seconde vie à 300 sèche-mains. Il en est à 280. « Ce qui est lent, ce n’est pas notre capacité à reconditionner, c’est de récupérer les produits usagés. » C’est le problème du gisement : les clients finaux disent oui au principe du reconditionné, mais peu font finalement l’effort de rendre leurs appareils en fin de vie. La demande pour les produits reconditionnés, elle, progresse en B2B. Alors JVD a élargi le modèle : armoires de désinfection reconditionnées, acquisitions de deux sociétés spécialisées (Noven, Digitec), renouvellement de la certification Eco Vadis Gold. L’engagement était une porte d’entrée. Ce qui est sorti derrière est plus grand que la promesse initiale, avec de nouvelles filières et produits.
Acorus : le succès commercial… et l’alerte
Philippe Benquet, PDG d’Acorus (rénovation de bâtiments), avait visé 70 tonnes de matériaux sanitaires réemployés. Il en est à 30. Mais l’angle du bilan, c’est que ça représente quasiment 20 % de son volume d’achat en pourcentage, l’objectif initial est atteint. Surtout, la dynamique commerciale s’est inversée : d’un seul client en 2024, Acorus est passé à cinq grands bailleurs sociaux d’Île-de-France. « Aujourd’hui on manque de gisement parce qu’on a trop de demandes. » Pourtant, Philippe Benquet alerte clairement : « Je crains que l’hiver du réemploi n’arrive. » Le moratoire gouvernemental sur les filières REP a suspendu les financements qui permettaient de rentabiliser les centres de reconditionnement. L’engagement tenu mais le cadre qui l’entourait est menacé.
Altios : quand la RSE s’exporte dans 26 pays
L’engagement d’Altios (conseil en développement international, 40 M€ de marge brute) était ambitieux par nature : transformer les pratiques RSE d’une entreprise présente dans 26 pays, sur tous ses métiers. François Lamotte, directeur associé, décrit un chantier qui a pris de l’ampleur. Depuis 2024, un directeur RSE groupe a été nommé en interne, chargé de déployer une stratégie ESG dans toutes les filiales. Un fonds de dotation a également été lancé sur le soutien à l’entreprenariat à impact positif, et l’offre de conseil en décarbonation à l’international est dorénavant positionnée comme un axe de développement. « Une supply chain responsable, ça se construit à l’international et c’est exactement notre terrain. » La promesse faite à Nantes s’est transformée en modèle d’affaires.
Trois trajectoires imparfaites, trois leçons concrètes. Le reconditionné bute sur le gisement. Le réemploi progresse là où la réglementation le soutient et régresse quand elle vacille. Et la RSE d’entreprise tient sur la durée quand elle cesse d’être portée par une seule personne.
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