Climat : tout ce qu’il fallait voir et entendre à Jour E (ou presque)
Jour E 2026, top départ
09h30. À jamais les premiers… au Parc Chanot. Les portes sont à peine ouvertes et déjà les premiers JourE-istes s’emparent des lieux, au son du dancefloor tambourinant – garanti 100 % low-tech – de Bass Tong. Une ouverture – sous le soleil exactement – pour une édition 2026 qui se présente comme résolument optimiste. « Depuis quelques mois, on pourrait avoir l’impression qu’on ne parle plus trop du climat. En vérité, cela bouge partout sur le terrain », observe Eric Versey, directeur exécutif de Bpifrance. Avant de poser l’équation : « Notre conviction est que climat rime désormais avec compétitivité. Une entreprise qui se soucie de sa transition écologique et de son adaptation climatique prépare son modèle d’affaires pour l’avenir. » De quoi provoquer applaudissements et hochements de tête dans les rangs de la communauté du Coq Vert, qui célèbre justement à Marseille son cinquième anniversaire. « Pour nous, le climat, c’est positif, c’est fun. Cette édition de Jour E est placée sous le signe de la fête ! », prévient Isabelle Albertalli, directrice Climat de Bpifrance. Le ton est donné.
En ateliers, la transition se fabrique
10h00. Avant de naviguer entre les salles de conférence, direction d’abord la zone ateliers, déjà bondée de participants attentifs et prêts à en découdre. On cherche une place. On en trouve difficilement une, sur les bancs de l’atelier consacré à l’économie circulaire. Micro en main, Chrystel Simone, cofondatrice de Circular Clique, rappelle une donnée clé de l’écoconception : « 80 % des impacts environnementaux se jouent dès la phase de conception. » Le sujet n’a rien d’anecdotique : la réglementation européenne (ESPR) doit progressivement imposer des exigences de durabilité, réparabilité, recyclabilité et transparence pour l’ensemble des produits. Voilà pour le cadre. Place à l’action. Chaque groupe est invité à repenser un produit du quotidien. L’objectif ? Passer de l’éco conformisme à une innovation réellement systémique. À vos Post-it ! Pendant ce temps, à quelques tables de là, l’ambiance change. On ne parle plus seulement de climat, on y joue. Le jeu participatif Trivial pour Green fait circuler les idées : on débat, on estime, on confronte ses pratiques. Parmi les cartes proposées, certaines font mouche : « Quelle part des communes françaises est aujourd’hui exposée à au moins un aléa climatique ? » La réponse surprend toujours : environ 80 %. Vous l’aviez ?
Le climat, une affaire de récit
10h10. Dans les allées de Jour E, on croise aussi bien des experts du climat que des rock stars. Et ça tombe bien : François Gemenne – chercheur et membre du GIEC – répond aux deux catégories. Sur la scène E, il imprime le tempo : « Il est temps de siffler la fin du backlash qui voudrait nous faire croire que la transition est déconnectée des réalités. » Avant d’enchaîner avec son banger : « La meilleure manière de parler du climat autrement, c’est d’en parler moins… et de parler davantage de compétitivité, de souveraineté, de santé ou de pouvoir d’achat. » Autrement dit : il convient désormais de raccrocher le climat au réel. Une idée qui se prolongera lors de la conférence suivante : « Climat is sexy ». Comment sortir des bulles de convaincus ? Pour Antoine Lannuzel, journaliste, l’enjeu est clair : élargir les récits, varier les formats, aller chercher d’autres publics. « L’écologie est devenue un mot totem, parfois clivant. Il faut arrêter de la nommer pour mieux la raconter : parler d’alimentation, de transport ou d’industrie, c’est déjà parler des limites planétaires. »
Pas un feu de paille, une trajectoire entrepreneuriale
11h00. Dans ce nouveau récit climatique, les entrepreneurs ont également un rôle à jouer. Pour s’en convaincre, direction la masterclass « Leadership climatique : comment continuer d’embarquer dans un contexte de backlash écologique ? ». Autour de la table (basse) : Jeff Lubrano – pionnier des pailles en paille de seigle – et Douglas Bertin – à l’origine d’un matériau à base de coquilles pour restaurer les écosystèmes marins. Tous deux défendent une vision claire : ne jamais dissocier impact et modèle économique. « Notre ligne directrice, c’est de créer des modèles économiques qui évoluent sans opposer écologie, économie et société », résume Douglas Bertin. En écho, Jeff Lubrano insiste sur une exigence plus rare : savoir dire non. « On a propulsé cette idée avec une volonté d’impact positif, sans laisser le business la tordre. Il faut garder une intégrité » Quitte à rester petit face aux logiques de volume et à refuser poliment les sollicitations des grands noms de la junk food. En creux, une même conviction : le leadership climatique ne consiste pas à accélérer à tout prix, mais à tenir une trajectoire.
IA, énergie, souveraineté : le triangle sous tension
12h15. C’est bientôt l’heure du déjeuner – pas encore le goûter non plus – mais l’agenda, lui, ne fait pas de pause. Résultat : on rate l’interview du musicien électronique Petit Biscuit sur la grande scène. Pour les étourdis, séance de rattrapage disponible en replay. On se régale finalement de l’intervention de Pauline Denis – ingénieure de recherche au Shift Project – lors de la masterclass « Intelligence artificielle et transition écologique et énergétique : les bonnes questions à se poser ». Derrière l’enthousiasme autour des prouesses de l’IA, une réalité énergétique s’impose. La consommation électrique des centres de données explose. Ils représentent déjà environ 2,5 % de la consommation d’électricité européenne, et pourraient voir leur consommation multipliée par trois d’ici 2035. « Déployer l’IA dans un monde encore largement fossile, c’est prendre le risque d’accélérer ce monde fossile ». Chaque requête masque une infrastructure matérielle importante et une consommation énergétique associée. Autre motif d’inquiétude : la souveraineté numérique. Aujourd’hui, une part importante des services numériques consommés en Europe repose encore sur des capacités situées hors du territoire : « Il ne s’agit pas seulement de déployer l’intelligence artificielle, mais de le faire avec une approche planifiée et de souveraineté numérique » conclut l’experte.
La bataille des imaginaires
14h00. Bobun végétarien ? Stand caribéen ? Cornet de frites ? À Jour E, même la pause déjeuner devient un arbitrage. Une seule certitude : ne pas trop traîner au soleil, sous peine de rater le show Côme Girschig sur la scène E. Vêtu d’un peignoir vert floqué « Cercle des écolos anonymes », il débarque avec le contenu de son petit-déj en main, lance un MacBook en l’air (« c’est un faux ») et dissèque – avec un humour caustique – l’empreinte carbone de nos vies quotidiennes, jusque dans les détails les plus banals. Sa conviction ? La transition ne se joue pas uniquement sur le terrain technique. « La solution technique, c’est 50 % de la solution » pointant à son tour le rôle décisif de nos imaginaires, de nos désirs, encore largement façonnés par des récits de pop culture qui soufflent souvent à rebours de la sobriété climatique. Son approche ? Agir sur les vecteurs culturels et sortir des oppositions stériles – low-tech vs high-tech – pour aller vers une “right tech”, adaptée aux usages et aux impacts réels. On est d’accord, sauf peut-être pour le peignoir.
S’adapter ensemble
14h30. Adaptez-vous ! Oui d’accord, mais comment ? À quelques pas de la scène E, la table ronde « Travailler avec son territoire pour rendre son entreprise plus résiliente » ramène le sujet à hauteur de terrain. Émilie Le Fur (Ademe) et Laure Dahan (Petroinos), partagent un même constat : l’adaptation d’une entreprise doit s’inscrire dans une double logique collective et locale. « Si nos fournisseurs ne peuvent plus travailler, on ne pourra plus produire. Une entreprise s’adapte d’abord dans un territoire avec ses ressources, ses contraintes, mais aussi ses interdépendances », rappelle Laure Dahan. Dans le sud de la France, exposé aux tensions sur l’eau, aux vagues de chaleur ou aux risques d’incendies et d’inondations, l’enjeu devient immédiatement tangible. Et au-delà du site, c’est toute la chaîne de valeur qui est concernée. « Les entreprises qui travaillent leur adaptation ce sont des entreprises qui se demandent comment elles seront encore là dans 10 ou 15 ans », résume Émilie Le Fur. Coopérer, partager les données, activer les réseaux locaux : voilà donc le triptyque d’une adaptation réussie.
Lâcher prise
17h15. Des chaises qui se rangent, un voyageur qui consulte ses horaires de retour, une mélancolie qui nous emporte. Aucun doute : Jour E touche à sa fin. Pour ne pas nous laisser sombrer, Nicolas Meyrieux, humoriste, est le dernier à monter sur scène : « Faire des blagues pour une banque à un événement climat… soit j’ai raté ma carrière, soit il y a un truc intéressant qui se joue », lance-t-il d’entrée. En quelques minutes de vannes bien senties, le vernis tombe et les contradictions affleurent : une transition omniprésente dans les discours, mais encore difficile à matérialiser. Une volonté de protéger le climat, à condition, si possible, de préserver aussi sa trésorerie. Un final à la fois hilarant et inspirant. Enfin… pas tout à fait un final. Dans la foulée du stand-upper, Isabelle Albertalli dévoile les premières images du documentaire anniversaire de la communauté du Coq Vert. Un road trip à travers la France, durant lequel l’influenceur positif Mamadou Dembélé est parti à la rencontre d’entrepreneurs engagés pour transformer concrètement leurs modèles. La suite arrive bientôt. Et la fête alors ? C’est le producteur électro-pop marseillais French79 qui s’y colle : lui derrière les platines, nous devant. Merci Marseille.
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