Make Earth Cool Again : à Jour E, les étudiants en impresarios de l'écologie

Le 17/04/2026
4 min

La transition écologique a un problème de casting. Pas de contenu, pas d’arguments, pas de données : elle en a des tonnes. Mais une image anxiogène, verte au sens propre comme au sens figuré, qui prêche des convertis et peine à déborder au-delà. Tant que parler de climat rime visuellement avec planète en feu et forêts dévastées, la transition restera l’affaire d’une minorité convaincue.

Les communicants, les graphistes, ont ici un rôle stratégique à jouer : inventer un langage qui recrute des néophytes, qui séduise pour ensuite convaincre, qui rende l’écologie désirable plutôt que culpabilisante. Comme l’expliquait récemment la coprésidente du groupe nᵒ 1 du GIEC Valérie Masson-Delmotte dans un article du Monde : « Ce qui me plaît le plus, c’est quand les gens créatifs s’emparent du sujet climatique et le détournent, avec les codes de l’humour. C’est un levier d’action très puissant ». C’est dans cette démarche que Climax et Bpifrance sont allés chercher les créatifs, là où ils se forment encore.

Une semaine avant l’événement, Bruno Gelsomino, responsable de l’antenne Climax à Marseille, s’est rendu à l’école de création visuelle (ECV) d’Aix-en-Provence pour briefer une classe de 3e année de bachelor. Leur mission : créer des affiches dans l’esprit de Climax. Des visuels qui claquent et qui empruntent à la pop culture pour évoquer les cinq grands thèmes de la communauté du Coq Vert : décarbonation, biodiversité, économie circulaire, énergie verte et adaptation. 

L’enjeu est réel : cinq d’entre elles seront exposées à Paris en juin 2026, à la H.D. Galerie, rue Vivienne, à l’occasion d’un vernissage pour la communauté du Coq Vert, et de la sortie du numéro 11 de Climax. Elles seront également diffusées en supplément dans le magazine, avec un tirage à 10 000 exemplaires. 

Le Jour J (qui est en fait le Jour E si vous avez suivi), la vingtaine d’étudiants a débarqué sur l’événement, répartis en groupe de trois et encadrés par Millie Servant, rédactrice en cheffe, et Clara Michelet, directrice artistique de Climax. Après une présentation de la DA de Climax (ses couvertures décalées, ses partis pris graphiques, son refus du greenwashing esthétique), les consignes sont tombées : 5 thèmes, 4 couleurs, 5 polices typographiques, et une liste de slogans pas tout à fait comme les autres. 

Parmi eux : « Hot people cut CO2 », « Mistral gagnant », « Le neuf est surcoté », « Ce qui plie ne rompt pas ». 

La règle d’or : une idée forte, un titre qui percute, un élément en gros plan. Et surtout, ne pas illustrer l’idée à la lettre, ne pas surcharger, et ne pas se perdre dans le concept. 

Chaque groupe a choisi ses thèmes, puis s’est lancé, guidé au fil de l’eau par Millie et Clara. Trois heures chrono. Ce format serré, inhabituel pour des étudiants dont les projets s’étalent généralement sur des semaines, a été vécu comme un vrai boost. Et quand on leur a demandé comment incarner une affiche made in Climax, leur réponse a été unanime : trouver une tête. JUL pour nous rappeler que « Le vivant c’est le sang » ; Brice de Nice dont le visage a été subtilement remplacé par celui de Jeff Bezos ; Edward Cullen, pâle et éternel pour illustrer « Le futur ne brûle pas, il brille » ; et Snoop Dog en ambassadeur de l’air pur, évidemment. 

Des références pop, du second degré bien dosé, des visuels qui marquent. Exactement ce que défend Climax : prouver que parler de l’habitabilité de notre planète n’oblige pas à être ennuyeux, et que le graphisme peut être un outil de conviction aussi puissant que n’importe quel rapport du GIEC, à condition de ne pas avoir peur d’être punk. L’atelier a été une belle réussite. Tout le monde est reparti avec des idées plein la tête, et quelques slogans qui risquent de traîner un moment. 

Affaire à suivre en juin, rue Vivienne.

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